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Printemps du Livre : Martin Vanier s'exprime sur le devenir de nos territoires

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Depuis 2003, le Printemps du Livre de Grenoble rassemble partenaires et lecteurs pour échanger et débattre ensemble de faits de société.

Cette année, la 11ème édition du Printemps du Livre, consacrée au thème "Espèce d'espaces" en référence à l’œuvre de Georges Perec, interroge les notions de lieux, de paysages et de territoires.

C'est dans ce contexte que le géographe Martin Vanier, professeur à l'Institut de Géographie Alpine, s'est exprimé lors d'un débat passionnant tenu à la Bibliothèque d'étude et d'information de Grenoble le 9 avril dernier. Retour sur les échanges .....

La construction métropolitaine de Grenoble est en cours avec son florilège de défis posés aux politiques : hyper-mobilité, réseaux, pluralité d'espaces de vie où s'inscrivent désormais les individus.

Notre perception de nos territoires est totalement transformée. Nos territoires vécus débordent les territoires administratifs et politiques auxquels nous sommes assignés. Pour autant, nos organisations politiques tiennent-elles compte de ces évolutions, alors même qu'elles prônent "ancrage" et non "mobilité"?

Trois spatialités pour classifier les territoires

Il existe trois spatialités : les surfaces ou les territoires (aires/étendues), les réseaux (ce qui fait maillage au sein des surfaces) et le lieu (ce qui fédère le tout). Chaque spatialité a son propre mode d'organisation.

Sentiment d'inconfort croissant et désarroi

Le mix territoire / réseau / lieu constitue un problème contemporain car il existe une disjonction croissante entre espace politique, espace fonctionnel et espace existentiel. Cette disjonction, due à une pratique exacerbée de mobilité, contribue à découper ces trois repères spatiaux et engendre, selon le géographe, un sentiment d'inconfort avec nos territoires, amenant les individus qui y vivent, à ne plus être d'accord avec le type de villes produites.

Cet inconfort a pour conséquence également des incompréhensions entre territoires (Grésivaudan >< Voironnais), questionne leur caractère raisonnable et pose la question, in fine , du territoire durable.

Questions à l'expert

"Bassins de vie, d'emplois, de services : ces conceptions symboliques régulièrement utilisées dans le discours des aménageurs sont-elles toujours pertinentes?" : La notion de bassins de vie, définie par la pensée urbaniste des années 70, semble aujourd'hui obsolète. Les bassins de vie sont percés de toutes parts par le réseaux. Ils débordent en même temps que la cellule familiale se voit dispersée vers plusieurs pôles. Pour toutes ses raisons, le terme de "bassins de vie" ne semble plus pertinent pour prendre en compte toute la réalité des usages de l'espace.

Cela dit le problème de vocabulaire ne s'arrête pas à ce mot. "Ruralité" pose aussi problème. Valable à l'époque d'une France agricole, elle n'est plus qu'un fantôme car nous sommes tous urbains. Pourtant, certains s'accrochent à affirmer la persistance de la ruralité, certains même s'y incarnent.

L'enjeu est donc d'inventer un nouveau vocabulaire pour qualifier les espaces, voire les tiers espaces existants.

"Il y a de nos jours une injonction à la ville compacte. Pourtant, on assiste en même temps à la conurbation et à l'étalement urbain. Comment expliquer ce fossé entre injonction politique et réalité des pratiques et modes de vies ?" La question de la compacité a remplacé celle de la densité qui sera elle-même remplacée par celle d'intensité. La compacité est un défi intéressant pour une société qui érige la mobilité en principe de vie. L'injonction à la compacité et à la simplification passe aussi par 30 années de tentative de réforme territoriale. A une époque de "sur territoires" voire de "surchauffe des territoires",  on peut constater une certaine incapacité de la France à simplifier son organisation. Le législateur veut simplifier le millefeuille administratif, mais l'enjeu réel serait plutôt de mettre en place des logiques de projets, de permettre d'actionner les réseaux entre le territoires pour faire bouger les assemblages sans en créer de nouveaux.

"Quel rôle pour nos élus ?" Les élus sont précisément élus pour qu'ils soient responsables de l'articulation avec les autres territoires. En effet, ces articulations sont nécessaires car nos problèmes, dus en majeure partie à cause de nos de vies et mobilités, ne sont pas contenus dans les limites propres de nos territoires. De fait, les élus ont un mandat interterritorial. 

"Qu'est ce que la démocratie contributive et en quoi vient-elle en complémentarité de la démocratie représentative et de la démocratie participative ?" La démocratie contributive se matérialise dans les formes et initiatives prises par la société elle-même dès lors qu'elle développe et met au point des solutions sur un mode démocratique (habitat partagé, crèches familiales, etc.). Cette forme de démocratie représente un souffle nouveau et démontre la capacité de la société à se prendre en main et d'investir son territoire pour le faire évoluer au plus proche de ses besoins.

"Et les Conseils de développement dans tout ça ?" Les Conseils de développement semblent être des instances piégées par le deal politique : faire des énoncés, émettre des avis aux élus, attendre une éventuelle prise en compte des propositions. Instances piégées aussi par le fait que les élus ne semblent pas avoir de volonté réelle de modifier les formes de pilotage et de décisions. Les Conseils de développement sont donc devant des choix à faire pour se renouveler. Une proposition : entreprendre davantage de coopérations pour faire émerger des projets en "franc-tireur" et inventer, par ce moyen, une nouvelle fécondité et valoriser l'inventivité citoyenne.

 

En savoir plus :

Le Pouvoir des territoires : essai sur l'interterritorialité (Anthropos, 2008)

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